Georges Sand et Alfred de Musset
Bon, nouvelle rubrique qui m'a été inspirée par une conv avec Yael. Puisque nous sommes dans les inspirateurs, et surtout les inspirés...
Voici quelques bouts de textes qui m'ont marquée (j'en fait collection, comme d'autres, les papillons...Mais à l'inverse de Cendrillon, les citations cachées dans mon jupon ou les plis de mon corsage, n'ont jamais inspiré les gards de mon village).
Georges Sand:
" L'amour est un temple que bâtit celui qui aime à un objet plus ou moins digne de son culte, et ce qu'il a de plus beau dans celà, ce n'est pas tant le Dieu que l'autel." [NDLR: ça, c'est un des fondements de la philosophie amoureuse de mon André...]
"Aime et écris, c'est ta vocation mon ami. Tous les sots ont l'orgueil de dire: je ne me risque pas, moi! Ils tiennent à leur repos comme les inutiles à la vie."
Alfred de Musset:
"Qu'ont-ils donc à dire? le reste me regarde. Il serait trop cruel de venir dire à un malheureux qui meurt d'amour qu'il a tort de mourir."
(Corespondances)
"Je veux aimer mais je ne veux pas souffrir; je veux aimer d'un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas".
On ne badine pas avec l'amour
[Et bien sûr, l'indétrônable] : "J'ai su ce qu'était le bonheur au bruit qu'il a fait en partant."
Comme les morceaux choisis ne parlent vraiment qu'à ceux qui les ont choisis, justement
, j'arrête cette énumération sans charme sur ceci, en espèrant que tu apprécieras la parabole: [extrait de La nuit de Mai]
" Lui, gagnant à pas lents une roche élevée
De son aile pendante abritant sa couvée
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur:
L'Océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son coeur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funeste adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage [...]
Poète, c'est ainsi que font les grands poètes [...]
Leurs déclamations sont comme des épées;
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant
Mais il y pend toujours quelques gouttes de sang [...]
Bon, très lyrique, hein, le Musset; parfois un peu excessif...Mais quelle beauté...L'Albatros,de Baudelaire, n'a rien à lui envier...Si?
3. Yael Le 10/07/2008 à 12:18
Peut-on vraiment parler de plagiat pour des oeuvres pareilles ? Je parlerai plutôt d'inspiration, non ? D'autant qu'à mon avis la métaphore du poète comme un oiseau doit être plus ancienne, non ?... Tu connais mieux le mythe d'Icare que moi donc je vais éviter de m'étendre dessus au risque de dire une bêtise mais cette image y est déjà sous-entendue, non ?
J'aime beaucoup l'image du coeur offert de Musset. Il renferme bien toute la douleur que procure l'art. Ecrire, peindre, sculpter... cela fait mal, cela nous écorche l'âme... Mais comme l'oiseau-poète, ne pas se mutiler aurait des conséquences encore plus terribles : à savoir voir mourir ses enfants. Cela me parle... Pour moi l'art est une souffrance mais son absence est une mort de l'âme bien plus redoutable.
L'Albatros renvoie pour moi à un autre aspect de la vie de l'artiste : le sentiment d'être étranger, différent. Alors qu'on serait si bien à voler dans le ciel, on piétine sur la terre ferme un peu ridicule avec nos rêves trop grands pour nous dans un monde où les rêves sont raillés comme des folies.
Je ne sais pas si tu as lu "Les femmes qui courent avec les loups". C'est une étude des archétypes de la femme sauvage en se basant sur les contes de fée et beaucoup d'aspects s'appliquent aux deux sexes à mon avis. Il y a notamment une relecture du conte du vilain petit canard qui m'a complètement bouleversée. L'artiste est pour moi un vilain petit canard. Il n'est pas né au bon endroit et il est différent des siens. Il est un peu tordu, un peu lourdaud au milieu des canards et on le rejette, on se moque de lui... parce qu'il n'est pas à sa place. Quand un jour, il aperçoit de grands cygnes volant dans le ciel, il ressent une émotion intense devant tant de beauté mais il n'est pas encore prêt à les suivre, il n'est pas encore capable de déployer ses ailes. C'est seulement après avoir tenté vainement de s'intégrer dans divers poulaillers qu'il s'enfuit sur la rivière. Seul, sans plus d'espoir, il aperçoit à nouveau ces majestueux oiseaux blancs nageant sur la surface de l'eau. Alors le vilain petit canard s'attend à être battu et rejeté à nouveau mais il a déjà subi tant de souffrances que cela ne compte plus. Au contraire, il se dit qu'il sera heureux de mourir sous les coups des plus beaux êtres qu'il ait jamais vus. Mais au contraire, alors qu'il attend le coup de grâce, il est accueilli par les cygnes comme un des leurs et seulement à cet instant, il ose contempler son reflet dans l'eau et réalise qu'il est aussi un cygne majestueux.
Je ne sais pas toi, mais ce conte m'émeut jusqu'aux larmes. Il est si simple et en même temps si juste. Ne sommes-nous pas des cygnes perdus dans une portée de canetons essayant vainement de ressembler à ce que nous ne sommes pas jusqu'au jour où nous trouvons enfin "les nôtres" et que nous réalisons que loin d'être de vilains canards, nous sommes des beaux cygnes ?
Tout ça pour dire que les deux paraboles sont complémentaires...
2. minna Le 09/07/2008 à 18:25
Comme d'habitude, tu as la conclusion juste. C'est vrai, je n'y avais pas songé...Là aussi, qui a plagié la parabole? Laquelle elle la plus jolie?
1. Yael Le 09/07/2008 à 16:55
Aaahhhhhh, soupir de contentement. Une rubrique rien que pour ces amants immortels que sont Alfred et George !
Toutes ces citations sont des petites pépites. J'aime beaucoup celle sur le bruit du bonheur, la douleur en est poignante. Cependant j'avoue que la deuxième de Sand me parle tout particulièrement.
Quant au poème, ah... Musset est décidément un des plus beaux exemples de poète maudit... un promethée qui offre volontairement son cœur en pâture pour nourrir l'âme des hommes.
Et effectivement à la 1ère lecture, j'ai eu l'image du l'albatros en tête même si l'oiseau de Musset est un sacrifié volontaire tandis que celui de Baudelaire est un prisonnier martyrisé.
Dernière mise à jour de cette page le 08/07/2008